Economics Terms A-Z - Les termes les plus importants en économie.

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Economics Terms A-Z

L’Oligopole

Un oligopole est un marché sur lequel il y a seulement quelques vendeurs pour l'article échangé. Les décisions d'un vendeur affectent donc les décisions des autres vendeurs du marché. Les vendeurs se livrent une concurrence stratégique sur le marché en tenant compte des intérêts et des actions des autres.

Les marchés de biens et de services comptent un nombre variable de vendeurs, allant d'un seul (monopole) à un nombre infini (concurrence parfaite). L'oligopole se situe quelque part entre les deux. Dans la pratique, les industries comptant entre deux (duopole) et six acteurs majeurs sont considérées comme étant en concurrence oligopolistique. Parmi les exemples d'oligopole, citons les marchés des réseaux de téléphonie mobile (en Europe : Deutsche Telekom, Orange, Telefónica et Vodafone), le marché des grands avions de ligne (Airbus et Boeing) et le marché des boissons rafraîchissantes (Coca Cola et Pepsi Co.).

La théorie de l'oligopole remonte à 1838, lorsque le polymathe français Antoine Augustin Cournot a observé le marché de l'eau minérale composé de deux entreprises se disputant chacune une part de marché. Se rendant compte qu'aucune des deux entreprises ne pouvait ignorer l'offre d'eau minérale de l'autre sur le marché, Cournot a analysé le marché comme un jeu dans lequel la quantité fournie par une entreprise q1 est une fonction directe de la quantité fournie par l'autre q2, c'est-à-dire une fonction de réaction q1*(q2) comme le montre le graphique de gauche. En supposant que chaque entreprise vend un produit identique, fait face à des coûts identiques et que les entreprises agissent simultanément, les quantités d'équilibre fournies sur le marché sont déterminées lorsque les fonctions de réaction se croisent q1*(q2*) = q2*(q1*). En fait, il s'agit de la première représentation formelle d'un équilibre de Nash, plus d'un siècle avant que John Nash ne publie sa propre recherche ! Dans l'équilibre de Cournot, les deux entreprises réalisent un profit positif, le marché est approvisionné avec plus d'articles à un prix plus bas que dans le cas de monopole mais avec moins d'articles et à un prix plus élevé que dans un marché parfaitement concurrentiel.

 

Quarante-cinq ans plus tard, en 1883, un autre mathématicien français, Joseph Louis François Bertrand, a soutenu que l'analyse de Cournot de la concurrence oligopolistique n'était pas réaliste puisque les entreprises se font plus souvent concurrence non pas sur les quantités mais sur les prix. En partant des mêmes hypothèses de produits identiques, de coûts identiques et de prise de décision simultanée, Bertrand a démontré que la concurrence par les prix dans un oligopole se traduirait plutôt par des profits nuls pour les entreprises, où les prix seraient fixés au coût marginal, tout comme dans les marchés parfaitement concurrentiels. Pour cette raison, les entreprises d'un oligopole ont intérêt à différencier leurs produits dans une certaine mesure afin de profiter des préférences individuelles des différents acheteurs. Certains acheteurs ne considéreront alors pas les produits offerts par chaque entreprise comme des substituts parfaits, mais plutôt comme des substituts imparfaits dans la consommation.

Le graphique de droite montre les fonctions de réaction de deux entreprises dans un duopole où elles offrent des produits similaires mais non identiques et se font concurrence sur les prix. Notez comment, dans cette situation, si une entreprise augmente (diminue) son prix, cela incite l'autre entreprise à augmenter (diminuer) également son prix. Cela contraste avec le cas de Cournot, où si une entreprise augmente sa part de marché (quantité), l'autre répond en réduisant son offre sur le marché. Comme dans le cas de Cournot, l'équilibre de Nash dans le duopole de Bertrand avec différenciation des produits se situe au point où les fonctions de réaction se croisent et où les prix sont fixés à p1*(p2*) = p2*(p1*).

Dans les oligopoles réels, les entreprises se font concurrence à la fois en variant les prix et en variant les quantités fournies. On peut faire valoir que les entreprises dont les processus de production sont longs, comme c'est le cas des constructeurs d'avions de tourisme Airbus et Boeing, prennent des décisions stratégiques sur les quantités fournies sur le marché plutôt que sur leurs prix (qui peuvent être ajustés ultérieurement) et se rapprochent ainsi de la concurrence de Cournot. En revanche, les entreprises qui peuvent faire varier leur production à court terme, comme les fabricants de boissons, sont plus susceptibles de se faire directement concurrence sur les prix et correspondent donc mieux au modèle de concurrence de Bertrand. Et pour éviter de souffrir de profits nuls, Coca Cola et Pepsi Co. font tout leur possible pour nous convaincre que leurs boissons ne sont pas identiques !

En savoir plus

Jean Tirole a reçu le prix Nobel d'économie en 2014 pour son analyse du pouvoir de marché et de la régulation. Pour un traitement complet de la concurrence oligopolistique, nous vous conseillons de consulter le chapitre cinq de son manuel, "The theory of industrial organization" (MIT Press, 1988).

Bon à savoir

Plutôt que de s'affronter dans une vicieuse guerre des prix, les entreprises concurrentes sur les marchés oligopolistiques sont souvent tentées de collaborer pour fixer les prix et coordonner l'offre sur le marché, en fusionnant parfois leurs activités en une seule entité. Si cela peut parfois profiter à l'industrie et conduire à de meilleurs produits, la formation d’ententes et la fixation des prix peuvent être préjudiciables au consommateur. Nous vous conseillons de consulter l'article sur les politiques antitrust pour plus de détails.

 

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